
Les décors et les cuissons : le travail de la surface et du feu
Une fois la forme façonnée, tout se joue sur la surface et dans le feu. C’est là que la pièce prend sa peau, sa couleur, sa lumière. Je travaille plusieurs techniques de décor et plusieurs modes de cuisson, du grès émaillé à haute température aux cuissons primitives par enfumage. Chacune raconte un rapport différent à la matière et au hasard.

Les décors sur terre crue
Une partie du décor se fait avant cuisson, quand la terre est encore à consistance cuir — ferme mais pas sèche. À ce stade, je travaille la surface directement : incisions à la main pour creuser des lignes et des reliefs, ajourage pour percer la paroi et laisser passer la lumière, barbotine appliquée à la pipette pour déposer des points et des motifs en relief. Ces décors ne s’ajoutent pas après coup : ils font corps avec la matière, dans le même geste que le façonnage.
Les émaux de cendres
Je développe mes propres émaux à base de cendres de bois. La cendre, lavée et tamisée, entre dans la composition de l’émail et donne des surfaces vivantes, mates ou satinées, aux nuances impossibles à reproduire à l’identique. C’est un travail de patience : chaque émail est le résultat de nombreux essais avant d’être appliqué sur une pièce.


La recherche de couleurs : émaux et engobes
La couleur vient de la matière elle-même. Je compose mes engobes et mes émaux colorés à partir d’oxydes métalliques — cuivre, fer, cobalt et autres — que je dose et superpose. Chaque oxyde réagit différemment selon la température et l’atmosphère du four. Cette recherche de teintes est un terrain d’expérimentation permanent : je note, j’ajuste, je recommence, jusqu’à obtenir la nuance juste.
La terre sigillée
La terre sigillée est une technique ancienne qui demande un travail en amont. Je récolte une argile locale, je la délaye, je la laisse décanter et je ne garde que les particules les plus fines en suspension. Appliquée en fines couches puis polie, cette terre sigillée donne après cuisson une surface douce, satinée, presque soyeuse — sans aucun émail. C’est une façon de décorer la terre avec la terre elle-même.


La cuisson Sagar Fire et l’enfumage
Le Sagar Fire est une cuisson par enfumage, menée au four à gaz ou dans un four électrique adapté. La pièce est enfermée avec des matières combustibles — végétaux, sels, oxydes — qui, en brûlant, marquent la surface de traces de fumée, de halos et de nuances imprévisibles. On ne maîtrise jamais totalement le résultat : chaque pièce sort unique, porteuse de la mémoire du feu qui l’a traversée.
Le Raku
Le Raku est une cuisson rapide menée au four à gaz, où la pièce est sortie incandescente puis soumise à un choc thermique et à l’enfumage. L’émail se craquelle, la terre nue se noircit au contact de la fumée. C’est une technique spectaculaire et exigeante, héritée de la tradition japonaise, qui produit des surfaces craquelées et des contrastes profonds entre le brillant et le carboné.


Laisser place à l’imprévu
Toutes ces techniques ont un point commun : elles laissent une part au hasard maîtrisé. Je prépare, je dose, je contrôle ce qui peut l’être — mais le feu garde toujours le dernier mot. C’est ce qui fait qu’aucune pièce n’est exactement semblable à une autre, et c’est précisément ce que je recherche.
